Samedi 16 février 1991.

Passionnés par la voile, nous avons décidé d'aller passer le week end à la mer pour trouver un bateau d'occasion. Nous laisserons les enfants, Emmanuelle - 4ans- et Florent - 2 mois - à ma belle-mère, ce sera plus pratique pour faire nos recherches.

Après quelques visites de magasins spécialisés, nous trouvons une affaire intéressante et sommes tellement contents que nous décidons de reprendre les enfants et de fêter l'évènement en famille à la maison.

Nous passerons toute la soirée à nous répéter que nous avons de la chance, que nous sommes heureux, c'était en effet une période où tout aller très bien, aussi bien financièrement que familialement. J’étais sur un nuage, je venais de réaliser mon rêve et je flottais dans le bonheur, l’esprit léger et insouciant. Quand vous êtes dans cet état, vous avez l’impression que rien ne peut vous arriver, vous dégagez une sorte de force qui balaye les petits soucis quotidiens.

Dernier biberon vers 22 heures, comme d'habitude, puis je sombre dans les rêves.

Je me souviendrai toujours de cette soirée, comme si c’était hier.

 

Dimanche 17 février.

Nous nous réveillons vers 7 heures, l'habitude du biberon matinal. Le moral est au beau fixe, forcément. Ma femme descend préparer le déjeuner de Florent car il ne va sûrement pas tarder à réclamer et c'est même un peu étonnant qu'on ne l'entende pas encore.

Lorsque j'entendis les cris venant de la chambre de bébé, je compris tout de suite ce qui arrivait. Basculement de notre nuage de bonheur vers les abîmes de l'horreur. Chute vertigineuse du tout vers le rien.

Le médecin ne peut que constater le décès en l'estimant à 4 heures. Nous avons refusé de faire une autopsie, mais nous l'avons regretté par la suite car on ne sait pas ce qu'il s'est passé, l'ignorance est lourde à porter. Il dormait pourtant sur le dos comme on le conseille maintenant, n'avais pas de symptôme d'une quelconque maladie, aucun signe anormal, il avait l'air calme comme s'il dormait, alors quoi ?

Après ça on ne sait plus très bien ce que l'on fait, c'est le défilement de la famille, des amis, on se traîne péniblement on flotte dans un drôle d'atmosphère, l'esprit égaré. Nous sommes dans un autre nuage et on se laisse porter par le temps.